LES LUMIERES ET LES OMBRES

Voilà on m'a dit de remettre des articles qui avaient été perdus sur orange je ne les ai pas tous mais dans cette page je vais remettre ces souvenirs et peut-être que ça intéressera et que ça montrera ce qui se passe dans un les hôpitaux.

 

 

VOULEZ-VOUS DANSER ?

 

Au tout début j'ai fait un stage en pneumo, dans un autre hôpital. J'étais d'après-midi soirée. Il y avait un monsieur très âgé, 88 ans. Très poli, toujours impeccable et même coquet. Il était dans la même chambre qu'un égoïste qui faisait marcher télé+radio de tôt le matin à tard le soir, alors le monsieur allait à l'espace détente avec sa radio CD, il se mettait un casque et lisait. ça semblait drôle parce que ce sont plutôt les jeunes qu'on voit avec des casques. Le soir du 31 décembre il avait apporté son plateau à l'espace et il était tout seul et pas gai, les fêtes à l'hôpital c'est toujours triste, malgré sapins et guirlandes les gens préféreraient être chez eux, c'est sûr. Je suis allée lui dire bonsoir avant de partir et lui ai demandé ce qu'il écoutait, il m'a dit que c'était des valses viennoises, il a hésité puis m'a dit que lorsqu'il était chez lui, pendant le réveillon il dansait avec ses filles et petites filles, c'était une tradition familiale, et très timidement il m'a demandé "voulez-vous bien m'accorder une danse mademoiselle, ça me ferait tant plaisir ?". Je lui ai dit oui, avec joie, alors il a retiré la prise du casque, haussé un peu le son et nous avons valsé, je savais (la danse classique), à travers les baies du 9ème étage on voyait Paris et ses millions de scintillements. Après deux valses il était un peu essoufflé, il m'a fait un baise main et en regardant par terre à murmuré : je regrette d'être aussi vieux, j'aimerais avoir des années à me souvenir de ce moment féerique, merci mademoiselle, je peux prononcer votre prénom ? Quelle émotion, moi aussi j'étais un peu triste, on s'est aidés.

 

UN POLICIER QUI A DU CŒUR

 

Quand on le peut on prend presque toujours notre pause à la même heure avec Patricia (à 3h), on a notre rituel : un café, une cigarette et deux petits biscuits pour Princesse, on lui donne par petits bouts et on les casse devant elle car une fois on avait tout mis d'un seul coup et elle avait boudé, alors on fait comme elle veut

On passe par l'accueil et on nous dit qu'un policier voulait voir des gens de l'équipe et qu'on lui avait dit que nous n'allions pas tarder à sortir, on était surprises, alors on nous explique qu'il était là depuis une vingtaine de minutes et que c'était en rapport avec Yan,  il est toujours très faible, mais ça va un peu mieux et on s'occupe bien de lui. On nous décrit le policier car il paraît qu'il est en civil avec un brassard et ça facilite car des policiers et des pompiers il n'en manque pas à l'aire d'arrivée, et en plus les personnels des véhicules d'urgence aussi. On l'aperçoit et on lui dit que nous appartenons à l'équipe. C'est un homme d'une cinquantaine d'années, très grand et costaud avec un air de fatigue et un visage très dur, un homme imposant. Il nous demande des nouvelles de Yan on comprend qu'il s'occupe de stups. Et puis il nous explique rapidement : je le connais depuis longtemps, sa vie est en vrille depuis 9 ans, perte de boulot, sa femme est partie avec sa mioche et il n'a plus fait que des c... C'est dommage, il était restaurateur de livres anciens très qualifié. Et alors, en essayant de rester sans expression il nous tend une enveloppe en nous disant : voilà débrouillez vous pour lui donner ça quand il sortira des urgences, c'est 40€, il aura sûrement besoin d'un peu de fric et ce n'est pas mon indic, c'est un client. Bon j'étais venu en passant je retourne au boulot, et il a marché vite vers une voiture sans signes où un collègue l'attendait, il s'est retourné en disant moi c'est Denis. Avec Patricia on était émues, comme l'enveloppe était un peu chiffonnée et mal fermée on a vu une petite carte de visite, on ne savait pas que les policiers en avaient, et on a lu: courage tu es au bon endroit fais toi soigner tu appelles quand tu veux, salut. Au crayon il y avait aussi un numéro de portable. Nous on a pensé qu'il avait écrit salut pour ne pas mettre amitiés, je crois qu'on dit bourru pour ce genre d'homme. On a retrouvé Princesse, et un frôlement pour remercier. On aurait bien voulu dire à Yan qu'il avait eu de la visite mais il dormait.

 

PROFESSEUR INFIRMIER

 

Ce matin (et ça lui arrive souvent) le Professeur était là très tôt, à 6h, on avait été très bousculés ces jours ci. Je m'occupais de Muriel qui est un peu mieux depuis 3 jours, et je lui donnais des petits soins de confort, je devais faire seule car tout le monde était très affairé. Muriel a beaucoup de surpoids et ce n'était pas facile. Alors le Professeur est venu m'aider. C'était très émouvant car il ne savait pas trop comment s'y prendre, il me regardait en me faisant des signes pour savoir si il faisait bien, et moi je donnais des petits signes de tête pour l'encourager. Il s'est occupé des membres et du visage et moi de l'intimité. Il demandait à Muriel : ça va comme ça, vous êtes bien, encore un peu ? Et puis il est allé vers d'autres lits et son bureau après, sûrement. Un peu plus tard j'ai donné à boire à Muriel et elle  m'a dit: il est sympa le nouvel infirmier, très doux et attentionné, c'est étonnant pour un homme. Je lui ai dit que c'était le grand patron du service et qu'elle le reverrait sûrement à la visite mais qu'il se tient souvent derrière le groupe, alors elle a souri, et c'était bon son sourire, et c'était beau les gestes timides et très doux du Professeur et c'était plein de bonheur.

J'ai entendu à la radio, c'est journée de la pauvreté. 10% des gens sont touchés, c'est monstrueux je trouve. Je vous embrasse et je vous dis à lundi.

 

TRES IMPORTANT

 

A 3 heures du matin je sortais pour ma pause et à l'accueil il y avait beaucoup de gens, certains étaient nerveux, d'autres abattus et tous étaient très inquiets. Un monsieur me rattrape et me dit : la réceptionniste m'a dit que vous appartenez à l'équipe qui s'occupe de ma fille, il me donne son nom et toutes les indications puis il me pose plein de questions. Je le rassure, je lui conseille d'attendre un peu et lui dit que je vais prévenir un interne pour qu'il en sache plus. Il comprend et va s'asseoir. A mon retour il vient à ma rencontre et me confie un petit ours très pelé, très usé par des milliers de câlins et il me dit : ils ne se sont jamais quittés, si vous pouvez mettez-le près d'elle, c'est important, très important, il disait ça plus fort et en serrant les poings, puis les yeux très rouges il ajoute :"on se raccroche à ce qu'on peut, vous comprenez mademoiselle ?". Avant de partir j'ai appris que le monsieur est un magistrat haut placé, et sa fille de trente ans fatiguée de vivre a pris beaucoup de médicaments, elle sera probablement réveillée dans une vingtaine d'heures...

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