LES "ON-DIT" ET LA RÉALITÉ

Publié le par Tatyana-V

J'ai beaucoup réfléchi avant d'écrire cet article et comme je crois que je vais être assez longue je ferai en 2 fois.

La semaine dernière j’ai été rappelée pour 2 nuits et elles ont été longues, mais surtout elles ont été dures pour bien des personnes dans la peine et l’angoisse pour les leurs. Quand j’ai quitté j’ai pris un taxi pour aller à la gare et par la réservation le chauffeur savait que je fais partie du personnel. Il m’a demandé dans quel service je travaillais. Je lui ai dit et là il a exprimé des choses qui malheureusement montrent l’ignorance et le manque de réflexion de bien des gens. Il m’a parlé d’un hôpital (que je connais) où il avait attendu quelqu’un juste devant les urgences et il a dit " le personnel se plaint tout le temps mais j'ai bien vu l'après-midi 6 ou 7 de vos collègues qui clopaient et rigolaient, c’est pas l’usine et c'est tout ça qui nous coule". Le bâtiment fait 7 étages et l'un des ascenseurs qui est près des urgences dessert 5 services. Alors sur la totalité qu'il y ait même 10 personnes qui prennent une pause c'est assez naturel. Mais voilà ce chauffeur n'avait pas pensé à ça et surtout je crois que ses idées étaient aussi influencées par des bruits et surtout une campagne qui cherche à déprécier le service public. Au cours de la nuit nous avions reçu une personne venant des Yvelines ça montre que les places sont très rares et en décembre 2009 on avait beaucoup parlé d'un patient de l'Essonne pour qui le SAMU avait cherché un lit pendant 6 heures et qui était mort juste après son arrivée à Lariboisière.

Je redonne un chiffre qui devrait faire réfléchir : il y a 1134 postes de réa dans la région parisienne pour 11 millions d'habitants et tous ne sont pas dédiés aux urgences externes, car il y a des besoins internes et même s'il faudrait avoir une marge de sécurité elle est très souvent inexistante. Souvent les gens associent le lit et le personnel et croient que si un lit est disponible le personnel ne fait rien. Dans un restaurant quand il y a une table libre est-ce que le personnel ne fait rien ? Pour un restaurant on ne dira jamais une chose pareille, mais pour l'hôpital on dit. Au service on est souvent très limite et je peux vous dire que si un lit est libre c'est un tout petit peu d'air pour donner à ceux qui sont en état de conscience les petites attentions et les petits soins de confort car vous ne savez pas et c'est normal combien une personne qui sort du coma a besoin d'être aidée physiquement évidemment, mais aussi humainement. Imaginez que vous perdiez conscience et que par petits bouts vous commenciez un peu à revenir, vous êtes intubé, votre vue n'est pas encore nette, votre audition est faible, vous ne ressentez que certaines choses de grand inconfort, il a des bruits bizarres et surtout une grande impression de solitude, c'est de la détresse. Le réveil ce n'est pas instantané et ce n'est pas le "miracle" qu'on montre parfois au cinéma ou dans les séries, il y a souvent 3 ou 4 jours très pénibles, alors en plus des soins il faut de l'attention, des mots pour rassurer aussi car le stress est très important, il y a un sentiment de solitude et même d'abandon. Je sais ce qu'est le regard désespéré qui me voit passer même si 5 minutes plus tôt je m'occupais de la personne et je sais comme c'est dur de ne pas pouvoir répondre car les petits gestes humains c'est très difficile de les donner à cause du temps et de toute l'occupation, très souvent nous ne prenons pas de pause pour donner ces gestes.

Je vais faire des visites d'amitié mais il y a beaucoup de gens en vacances, je continuerai demain et je répète amitié et fraternité Tanya             

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JeeretGab 02/12/2010 16:36



C'est très bien de parler de la réalité de l'hôpital et du service de réa qui est un service difficile.


Je pense que cela doit etre très dur certains jours mais je vois que vous avez la passion de défendre votre métier !


Merci de vos visites et de vos commentaires.



BMB 16/08/2010 18:19


Un autre exemple l'ouverture du nouvel hôpital de Clermont-Ferrand s'est traduit par des regroupements de services : plus de lits moins de personnel. Économies d'échelles ils appellent çà.
Ne le dis à personne : j'ai aussi vu des chauffeurs de taxis perdre leur temps à discuter ou à écouter la radio dans un taxi vide...


Delannoy 16/08/2010 18:00


Être malade c'est éprouvant et si en plus les gens ont l'impression de n'être plus tout à fait des êtres humains à part entière, comment essaieraient-ils de s'accrocher? En toute chose, il faut se
garder de mettre en opposition l'efficacité et l'humanité! Je conçois qu'une infirmière doive courir pour accomplir tout ce qu'elle a à faire. Mais un petit mot gentil, donner au malade
l'impression qu'il n'est pas qu'un numéro parmi les autres c'est aussi essentiel que les traitements et soins!Celles et ceux qui le pratiquent doivent en être remerciés: ils ont compris la vraie
dimension de leur admirable métier!


AXEL21 12/08/2010 09:00


Bonjour Tanya. Je suis assez souvent "client " d'un CHU. Je ne dis pas "patient", parce que patient, je ne le suis pas... Je n'ai toujours eu qu'à me louer de la disponibilité, de l'efficacité, de
l'humanité des infirmières et des aides-soignantes. Je serai beaucoup plus réservé sur les médecins, parmi lesquels on trouve de tout. J'ai eu quand même parfois l'impression de faire de
l'hôtellerie, c'est à dire d'occuper un lit en attendant le "client-patient" suivant, et à l'inverse d'être parfois "jeté dehors" les jours d'affluence...
Plein d'amitiés.


Elena800 12/08/2010 04:19


Bonjour Tanya, tu as eu raison d'en parler car ton métier est très exigent, il faut que les gens comprennent que la pause n'est pas un luxe !
Je sors d'une forte crise de polyarthrite, ça va mieux. Bisous