POURQUOI LEUR PARLER ?
Je remercie pour toutes les gentillesses qui me touchent beaucoup. Je ne fais pas souvent blog car en dehors du travail je prends du temps pour ma vie, je lis j'écoute de la musique et comme mon mari travaille beaucoup nous profitons le plus possible des moments que nous passons ensemble et puis je parle presque uniquement de ce qui se passe au service.
L'été beaucoup de gens croient que c'est une période où il y a moins de drames et peut-être moins de tension dans un service comme celui où je travaille. Il faut chasser cette idée car l'été aussi est très dur pour ceux qui sont en difficulté de santé ou en faiblesse due à l'âge, la chaleur fatigue beaucoup les personnes fragiles et il y a plus de solitude donc moins d’aide de la part du voisinage. Et puis il y a des imprudences t des personnes qui ne sont pas conscientes des risques auxquels elles s’exposent ou qu’elles font courir aux leurs et notamment aux plus petits.
J’ai participé à la mise à niveau de 3 infirmières qui venaient en renfort d’autres services. Elles étaient pleines de bonne volonté mais aussi très stressées car elles se trouvaient avec un matériel dont elles n’ont pas l’habitude et amenées à faire des gestes très spécifiques qui n’appartenaient pas à leur pratique. Je me suis appliquée à bien expliquer, à bien montrer, à rassurer tout donnant des conseils en vue de l’amélioration. C’est difficile et passionnant. En fin de service l’une d’elle m’a dit : pour ceux qui ont un peu de conscience je comprends, mais les autres pourquoi leur parler ? Alors je lui ai expliqué tous les avantages que je vois à parler. D’abord en disant à la personne ce qu’on fait et ce qu’on constate et ce qu’on va faire c’est un moyen de contrôle sur soi-même, je suis certaine que beaucoup de personnes qui font des choses délicates se parlent dans leur tête ou tout haut mais il y a très important aussi : beaucoup d’études ont été faites, beaucoup de témoignages ont été recueillis et ce qu’on appelle l’absence de conscience n’est pas aussi nette qu’on pourrait le croire. Il y a des phases plus ou moins longues et alternatives où la perception reprend puis disparaît, et je crois que pour l’esprit d’une personne qui est prisonnière ( c(est le mot juste je crois) d’un corps très affaibli et très assisté en sachant que ce corps est lui-même sous de grandes contraintes, oui vraiment je crois qu’une voix qui s’adresse à cet esprit même s’il est très confus est quelque chose de très important, comme la petite caresse sur la joue ou sur la main. C’est un lien, c’est comme une petite lumière dans un très grand brouillard. Dans beaucoup de services on appelle les gens par leur nom en disant Monsieur ou Madame. Ici et ça fait longtemps on appelle les personnes par leur prénom et je pense que ça réduit un peu le stress car notre prénom c’est quelque chose d’intime, voilà je lui ai dit tout ça et elle a eu un beau sourire et j’ai été très heureuse car je pense qu’il faut transmettre sa technicité mais aussi ce en quoi on croît, ce qu’on a ressenti.
J’ai hésité à retirer le commentaire de " question" sur l'article précédent et puis j'ai laissé mais ces allusions au sujet de ce qui se passerait dans "la salle de garde" sont honteuses.
Je ferai un peu de visites d’amitié aujourd’hui et demain, et je dis toujours amitié et fraternité.