ÉTOUFFER N'EST PAS UNE MORT DOUCE
Je vais être un peu longue aujourd’hui mais je ne peux pas faire autrement. Je suis en récup et là où je suis il y a Solange, je la connais depuis un an et pendant ma maladie et ma convalescence je l’ai rencontrée plusieurs fois et je lui ai rendu des petits services de voisinage. Elle est en rechute d’un cancer et c’est sûr qu’elle a négligé son état. Après un séjour assez court elle a été ramenée chez elle dans le protocole d’une hospitalisation à domicile, lit médicalisé, assistance respiratoire légère, une heure par jour d’aide médicale et visite quotidienne d’un infirmier pour le matériel tout ça sous le contrôle d’un médecin coordinateur et en principe avec le suivi d’un médecin traitant. Le compagnon de Solange est une personne sous dépendance alcoolique et qui donc n’est pas fiable. En principe l’HAD doit apporter au patient presque les mêmes prestations que sur site hospitalier et en principe aussi une enquête préalable détermine si ça sera possible. L’état de Solange s’est altéré samedi après midi. J’ai averti la coordination et je me suis occupée d’elle. Samedi soir mon Mari et moi avons réussi à écarter le compagnon de Solange qui était une vraie gêne car très alcoolisé (il a son propre domicile). Je ne vais pas détailler tout ce qui s’est passé jusqu’à lundi matin 5h où n’ayant plus d’autre solution j’ai appelé les pompiers et enfin le médecin de service a décidé l’hospitalisation. Mon Mari m’a aidée tout le week-end car Solange est très corpulente et nous ne l’avons jamais quittée. Tout ce que je me sens le droit de dire c’est que beaucoup de moyens manquaient et que la réactivité de l’HAD a été très insuffisante vraiment, comme je ne veux pas employer de mots trop forts je dis quand même qu’il y a eu négligence et sous évaluation. Dans la situation de Solange ce n’est pas guérir ou sauver qui était le souci, même quand on ne peut plus ça il y a encore beaucoup et aussi important à faire. Le confort et si nous n’avions pas été là je pense que Solange aurait eu de gros problèmes de confort (le confort comprend beaucoup de chose, hygiène, manipulation, positionnement etc) et que sa vie aurait peut-être pris fin pour des problèmes respiratoires et que son compagnon n’aurait rien su faire. Dans un état comme celui de Solange il y a de la souffrance et elle était très insuffisamment prise en compte, il faut des moyens et des gestes pour éviter le stress et soulager l’angoisse, il faut pouvoir faire des choses techniques et apaisantes qu’une personne non formée ne peut faire. Je sais que lHAD est dans certains cas une très bonne solution mais par ce que j’ai vu dans ce cas je ne peux m’empêcher de penser que parfois c’est aussi une manière d’esquiver des problèmes, c’est un transfert incertain. Et ce transfert ne bénéficie pas toujours à la personne qui compte avant tout c'est-à-dire le patient. On défend cette méthode à la fois pour des raisons humaines et c’est vrai si absolument tout le protocole est respecté, mais il ne faut pas se le cacher on fait aussi pour des raisons de coûts avec un transfert à des structures externes et ces structures ont des objectifs de rentabilité. C’est une politique générale où l’aspect économique et comptable prime sur l’humain. Et justement je ne crois pas qu’humainement notre société doive se satisfaire de ça surtout qu’il y a tant de domaines où des économies pourraient être faites et de la solidarité réalisée. J’ai vu Solange hier après midi et ce matin, elle est assez consciente pour savoir qu’il y a des médecins, des infirmières et qu’elle sera aidée. Dans quelle terrible angoisse elle aurait été si elle avait été seule, et dans quelles souffrances elle aurait pu mourir. étouffer n’est pas une mort douce.
Je dis amitié et fraternité. Tanya
Je ne fais pas souvent mais j’invite à lire sur le blog de Zeitnot dans mes favoris un article titré Fils de pute. Cet article m’a bouleversée.
http://zeitnot.over-blog.com/article-fils-de-pute-52719522.html
Je remercie des commentaires si gentils je vais faire un peu de visites d’amitié et je continuerai demain.