J’AI VU ÇA.
J’ai vu un grand Professeur venir le samedi et le dimanche, je l’ai vu aussi passer 16 heures dans son service. Je l’ai vu recevoir des gens en grande angoisse et se montrer humain avec eux, et il faisait parce qu’il n’y avait personne de disponible, je l’ai vu aussi parfois aider une infirmière pour un acte où elle était toute seule et qu’il aurait fallu être 2 ou 3.
J’ai vu des Internes totalement surmenés entre leurs cours, leur service et les gardes et certains craquer complètement, j’en ai vu pleurer de fatigue, de stress et même de désespoir.
J’ai vu des personnels infirmiers ne même pas prendre leur collation faute de temps, dépasser très largement leur temps de travail, et pour ceux de nuit dépasser le nombre réglementaire de nuits consécutives et accumuler des récups impossibles à prendre.
Et malgré tout ça j’ai vu des regards de patients et des petits gestes d’appels, et j’ai vu qu’il fallait malheureusement dire juste un petit mot pour faire patienter, et que cette attente ajoutait au mal être et à la souffrance. Et j’ai vu des familles dans l’angoisse guetter quelqu’un pour pouvoir parler et être un peu informées, et j’ai vu plein de peine et de panique derrière les grandes vitres d’un couloir, et j’ai vu ces détresses augmenter et se transformer en désespoir et parfois même en révolte et en colère.
Et j’ai vu des admissions qui ajoutaient encore aux difficultés et qui faisaient comme de l’eau qui entrerait dans une barque sur le point de sombrer.
Et j’ai vu aussi des gens amenés par les leurs ou venus tout seuls demander de l’aide, et c’est sûr que beaucoup de ces personnes ne nécessitaient pas une admission, mais il fallait prendre en compte pour éviter toute erreur et aussi pour calmer et rassurer.
J’ai vu tout ça et j’ai entendu une dame me dire : c’est la ruche du malheur ici, car c’était la première fois qu’elle voyait tout ce qu’on voit tous les jours et toutes les nuits, vraiment.
Et il était prévu de supprimer 150 postes de médecins, et heureusement grâce aux protestations il n’y aurait plus que 50. Mais les 1000 postes de soignants, là pour l’instant aucun progrès. Un grand Professeur a parlé de mort programmée de l’hôpital public. Ce même Professeur a dit : si on a des médecins mais pas d’infirmières ça ne marchera pas mieux. Ce même Professeur a dit : je suis à droite mais je veux que l’hôpital fonctionne. Nous ne sommes pas contre une démarche comptable, mais elle doit venir après qu’on a réfléchi aux besoins de la population.
Et je veux dire aussi qu’il m’est arrivé de faire grève, mais je ne portais le brassard qu’en dehors du service quand je travaillais de jour, mais jamais nulle part la nuit pour ne pas inquiéter, et puis la nuit en dehors d’un petit peu d’air et une caresse à Princesse je ne m’absentais pas.
Voilà je voulais dire tout ça et ça n’est pas de la politique, et c’est une réalité déjà très grave alors il faut espérer que les évènements ne donneront pas raison à ce Professeur. J’oubliais ce Professeur est membre de l’UMP. La petite infirmière que je suis dit merci à ce Professeur et tout le monde devrait le remercier.
Amitié et fraternité. Tanya